The Neon Demon

neondemonsmallAu lendemain d’une projection huée au festival de Cannes on pouvait lire en guise de critique que pour encore parvenir à choquer, Nicolas Wending Refn devrait essayer de réaliser un film qui n’a pas pour but de choquer, justement. Une pique quelque peu déplacé vis à vis d’un film qui a, après tout, vocation à s’inscrire dans un registre horrifique. En dépit des nombreux genres qu’il a exploré, il est vrai que le cinéma de Refn reste certes parcouru par une obsession pour la violence que The Neon Demon ne viendra pas mettre en défaut, mais la violence n’a-t-elle pour autant qu’un unique visage? Evidemment non. Cartoonesque dans Drive, puis macabre dans Only God Forgive, la violence dans The Neon Demon se veut à la fois psychologique et grotesque. Elle va d’ailleurs toujours de paire avec une obsession pour la beauté qui semble vouloir illustrer la célèbre situation de l’auteur autrichien Rainer Maria Rilke ‘for beauty is nothing but the beginning of terror’.

the-neon-demonL’idée de faire un film sur la beauté et le monde du mannequinat a toujours quelque chose de délicat tant le cinéma ne semble pouvoir se concevoir en dehors d’un certain idéal de beauté. Sur ce postulat de la beauté mainte fois exploré, Refn n’a d’ailleurs pas grand chose à dire. La faiblesse des dialogues et le caractère stéréotypé des personnages prouvent d’ailleurs la faiblesse d’un scénario pour lequel on s’étonne du manque de soin. Conventionnel dans son récit, The Neon Demon reste cependant, au même titre que son prédécesseur : Only God Forgives, un film qui s’apprécie dans sa capacité à déconstruire les figures mythiques du cinéma dont il s’inspire. Monstre, femme fatale et lolita se mélangent ainsi dans un univers aux frontières du cinéma d’horreur et du film noir. Clairement identifiable, les archétypes du film questionnent encore et toujours le sexisme inhérent à leur identité, révélant ainsi l’ambiguïté et les paradoxes que la quête de la beauté absolue n’aura de cesse de révéler. En dépit d’un casting presque intégralement féminin et en dépit de personnages féminins d’une rare violence et d’une rare cruauté il est également pertinent de noter que Refn assujettit toujours la violence féminine à celle de ses pendants masculins. Dans le cinéma d’horreur, comme dans le film noir, la femme est une proie, même lorsqu’elle se fait prédateur, et c’est de cette méprise vis à vis de la misogynie des sociétés modernes que survient le tragique destin de la jeune Jesse. « Ma mère me disait dangereuse » confit-elle au spectateur. Prédateur peut être, mais proie toujours.

maxresdefaultNe serait-ce que par le titre, Refn retrace avec pertinence cette généalogie du danger féminin que la peur et la misogynie auront sacralisé à travers le temps. De Lilith le succube biblique à la lolita candide mais calculatrice, en passant par la femme fatale aussi sexuée qu’impitoyable, tous ne sont au final que des itérations de cette même figure démoniaque aux identités multiples. On se surprend pourtant du casting d’Elle Fanning dont la beauté envoûte les personnages du film quand c’est peut être la simplicité et l’immaturité du charme de la jeune actrice qui frappe le spectateur. Quelque chose ne tourne plus rond au pays d’Hollywood pour que soudainement la jeune Jesse surpasse celles dont la beauté est le métier. La source d’inspiration est aujourd’hui presque un lieux commun, mais il y a du Alice au pays des merveilles dans l’absurdité de cet univers si glamour et les jeux de miroir, omni-présent dans la mise en scène du film, confirme cette contamination progressive du réel par un autre univers plus extravagante. The Neon Demon est un film ou Jesse plonge de plus en plus profondément dans l’absurdité, au point que clichés et violence en deviennent improbable et même parodique. On n’y croit plus et, en même temps, on doute bel et bien de ce que l’on peut croire, de ce qui est possible dans cet endroit déconnecté du réel. C’est peut être là que réside le sentiment d’horreur d’un film qui choque autant par sa cruauté graphique que par la banalité du mal misogyne, vénal et superficiel qu’il met en exergue avec une ferveur délicieusement grotesque.

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