The Experimenter

Experimenter_PosterIl y a quelque chose de passionnément pervers dans la relation que l’Amérique entretient entre Histoire et fiction. Une volonté de porter à l’écran chaque moment marquant de leur courte histoire comme pour mieux encrer la réalité dans un cadrant narratif dont le pays ne serait se passer. Par effet d’inversion, on finit par penser que ce qui n’a pas été adapté en film n’a pas existé, et le cinéma s’investie alors d’une mission de documentation plus que douteuse. The Experimenter est une sorte de victime bien consciente de se processus. En 2016, difficile de dire quelque chose de nouveau sur l’expérience de Milgram en tant que telle tant celle-ci a été disséquée, réitéré et surtout travestie à multiple reprise au cinéma comme à la télévision. C’est d’ailleurs dans une scène aussi essentielle que surréaliste que Milgram se retrouve face à William Shatner, sur le plateau de tournage de The Tenth Level, une adaptation en roue libre de son travail. Personnage et spectateurs sont alors invités à se demander si la valeur du travail de Milgram peut vraiment perdurer dans un monde ou fiction et réalité se confondent.

experimenter_photos2L’ironie de la socio-psychologie, telle quelle est exercée par Stanley Milgram réside dans l’impossibilité d’intervenir sur la réalité sans faire usage d’artifices et de techniques cinématographiques. The Experimenter a la bonne idée de ne pas se limiter qu’à l’expérience la plus connue de Milgram mais de présenter d’autres travaux aussi loufoques qu’intéressants pour faire le portrait d’un homme à mi-chemin de la science et de la prestidigitation. Dès lors qu’il se livre à une expérience dans le monde réel, il en vient à manipuler la réalité. Il écrit un scénario dans lequel les sujets deviennent des acteurs malgré eux. Attaquer le travail de Milgram devient alors un jeu d’enfant puisque la duperie au centre de son travail ne peut que mettre l’objectivité et l’empirisme de ses expériences (et de ses conclusions) en danger. Mais le monde réel n’est-il pas lui même ordonné par des ficelles narratives dont on ne prend conscience qu’une fois les événements passées? La citation de Kiergkegaard « La vie ne peut se comprendre que par un retour arrière mais ne peut être vécue qu’en avant » lue à mainte reprise dans le film est là pour nous le rappeler non sans une certaine lourdeur.

experimenter_photosEn tant que mise en abîme, The Experimenter, cherchera bien sûre à vous convaincre que la fiction n’entrave pas la transmission de l’information même si elle pervertie quelque fois la réalité. Une thèse classique et toujours aussi nombriliste au cinéma. L’intérêt du processus réside donc davantage dans la capacité du réalisateur à présenter Milgram comme un éternel metteur en scène qui s’ignore. Il est alors en permanence filmé au premier plan de scènes que Michael Almereyda réalise avec un statisme digne de Wes Anderson. Toujours distancié du monde réel par une vitre invisible, Milgram semble alors être une sorte de Deus Ex Machina capable de traverser le campus de Harvard en dialoguant avec le spectateur tout en saluant les étudiants et collègues qu’il croise. D’une certaine façon le personnage semble prisonnier de ce rôle de metteur en scène qui le place au commande d’un entourage dont il constate le caractère malléable qu’il a lui même mis en avant mais vis à vis duquel il ne peut désormais intervenir sans se retrouver coupable des mêmes abus de pouvoir qu’il a dénoncé. On peut observer la nature humaine, mais on ne peut pas la changer.

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