Whiplash

345974.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxOn aurait difficilement imaginé un film sur le jazz oscarisé meilleur film en 2015, à une époque où le jazz ne se vit plus que comme stéréotype dans des parodies de film noir ou comme la quintessence d’un élitisme musical impénétrable. Whiplash dans une certaine mesure s’inscrit d’ailleurs volontiers dans cette seconde mouvance mais on pourra saluer son intégrité autant que son jemenfoutisme car pour Damien Chazelle pas question de faire un film pédagogique comme d’autre en auront fait sur le rap et la culture Hip & hop. Le jazz est mort et le réalisateur n’a pas l’intention de s’acharner sur son cadavre ou d’en faire comprendre les vertus ou la modernité à un public qui s’en moque. Le jazz de Whiplash reste à l’état de micro-culture, de moyen d’expression pour musiciens et universitaires retrancher sur eux-même et pour des étudiants poursuivant des rêves de gloire et de grandeur qu’eux seuls paraissent capable de mesurer. La scène d’un repas où la famille de Neiman, le héros de l’histoire, félicite l’ainé de la fraterie pour son touchdown en troisième division universitaire avant de rester muer d’incompréhension quand le musicien leur explique qu’il vient d’intégrer le groupe de jazz le plus prestigieux de son école de musique est à se titre particulièrement symbolique de cette fracture culturelle que Chazelle traite avec plus de frustration que d’amertume.

038849.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxParfait dans son attitude, Whiplash traduit ainsi à merveille aussi bien les angoisses du musicien que celles de l’académicien. Deux domaines qui se recoupent dans le film et surtout deux domaines aux débouchés incertains dans lesquels on s’engage plus par passion que par raison. Le comportement obsessionnel compulsif et auto-destructeur de Neiman vallant ici bien l’insanité de Fletcher son professeur sadique et à la personnalité trouble. Les deux personnages nevrosés montrent tout au long du film une incapacité à réconcilier identité et fonction, à inclure leur musique dans un développement identitaire positif et curatif : la formule magique de la quête du bonheur que la masse des coming of age movies moralisateurs aiment à nous rabacher. Neiman grandit sans pour autant échapper au narcisisme qui le rend brillant tendis que l’affection et le sadisme de Fletcher finissent par devenir indistinct dans un final en musique grandiose. Whiplash ne renit alors jamais une certaine amertume, une certaine culture du regrès, nourris des opportunités manqués de l’adolescent et de la rage aveuglante et abétissante d’un professeur si près de détruire le Charlie Parker qu’il a attendu toute sa vie et c’est cette fragilité, cette omniprésence des névroses de ses héros qui font aussi de Whiplash un grand film indé.

480138.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxWhiplash a également tout de la parodie cinglante du film d’école. On pense à une sorte de version horrifique du Cercle des Poètes disparus avec J.K Simmons dans le rôle du jumeau maléfique de Robin Williams. Un professeur tout aussi passionné par son rôle de pédagogue que le héros du film de Peter Weir, mais qui aurait délaissé la compassion et l’humanisme du prof idéal, pour la violence psychologique d’un instructeur de l’armée façon Full Metal Jacket. Whiplash intériorise d’ailleurs parfaitement language et thématique du film de guerre, traitant Neiman comme un enième traumatisé de la guerre, véritable junkie de la violence (ici verbale) et souffre douleur d’un instructeur qui lui inspire autant de peur que d’affection.

050568.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxUne affection que cultive Whiplash dans une quête ouvertement psychanalytique de la figure paternel. Neiman exprime un besoin si adolescent d’être compris et aimé pour ce qu’il est autant que pour ce qu’il est capable de faire. Un narcisisme qui le pousse à voir dans son prof une figure paternelle mieux adapter et mieux à même de comprendre ses aspirations artistiques quand bien même il ne peut lui donner l’amour inconditonnel que son père hyper-protecteur et dirigiste est lui à même de lui donné. Le rapport au père de Neiman reste paradoxale et toujours insatisfaisant et pour cause son univers entièrement masculin le force à se soumettre à un culte de la virilité de plus en plus destructeur. Le monde de la musique n’est ici pas très différent du monde du sport dans lequel évolue le frère de Neiman. La scène musicale tel que la dépeint Chazelle reste un univers omnibulé par l’adoration sado-masochiste du corps masculin en souffrance et qui fait l’éloge du stoïcisme face à la douleur aussi bien physique que mentale. Une virilité poussée à l’extrême que le final met en exergue alors que Neiman sur un air de défis entame un long solo de batterie, à la fois ode tragique et critique enragé d’une éducation hyper-masculine ayant fait de lui un musicien accomplis soit, mais un être profondément seul et malheureux. Un bilan humain amer que l’obsession pour la musique des deux protagonistes vient à nouveau eclipsé sans pour autant dire si ce dernier élan musical vient relancer un cercle vicieux ou se fera le chant du signe d’une carrière destructrice.

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