Interstellar

L’après Batman aura laissé Christopher Nolan dans une position difficile. Ses derniers films auront plus que jamais mis en avant les failles d’un cinéma plus malin qu’intelligent. Inception qui tenait plus de la leçon de science fiction pour les nuls que du grand film complexe qu’il pensait être constituait déjà en soit un indicateur solide quand à ce que sa future incursion dans le genre pouvait nous réserver et Interstellar ne marque en effet ni rupture ni évolution majeur vis à vis de ses précédentes réalisations. Les fans ne s’en plaidront pas, mais les autres y verront sans doute une nouvelle preuve que le cinéma de Nolan c’est beaucoup de poudre au yeux, quelques scènes inventive et beaucoup de musique d’ascenceur.

10 ans après Batman Begins, Nolan ne surprend déjà plus, au contraire il s’enferme dans des conventions cinématographiques qu’il a perfectionné au point que ses derniers films se ressemblent atrocement que ce soit dans la narration, le style ou même le montage. A titre d’exemple, dans sa dernière demi-heure Interstellar reprend cette idée de superposition des scènes qu’on voyait déjà dans Dark Knight Rises et Inception et qui donne l’impression de regarder une bande annonce plutôt qu’un film, la musique grandiloquante de Hans Zimmer n’aidant vraiment pas. Interstellar a eu beau jouer la carte du mystère pour créer le buzz durant sa promo, c’est à l’écran un film qu’on connait déjà par coeur avant de l’avoir vu. On sait que chaque tirade pompeuse et moraliste fera écho à une future scène du film. On sait qu’il n’y a aucune place au hasard dans ce cinéma. On sait que Michael Caine fera une apparition dans un rôle de mentor. On sait que les personnages féminins seront pauvrement écris. Et toutes nos attentes sont comblées, les plus négatives mais aussi les plus positives car on ne peu nier chez Nola un sens du grandiose et une inventitvité rare pour ce qui est de montrer des choses uniques et hors norme en matière d’actions et d’aventure. Interstellar a à ce niveau là plus d’un argument dans son sac : tsunami au ralenti, amerissage en catastrophe, plongée dans un trou noir…Les visions les plus folles du space opera se réalisent devant la caméra de Nolan qui reste qu’il le veuille ou non, un réalisateur de film d’aventures.

Mais voilà, Interstellar se réclame de la science fiction et s’il en a la prétention il n’en a certainement pas les arguments. A l’image d’Inception, Interstellar donne la désagréable impression de prendre ses spectateurs pour des idiots. Il nous tient par la main durant la grande majorité du film, nous expliquant encore et encore des choses parfaitement limpide et insistant lourdement sur la moindre de ses bonnes idées au point d’en devenir gonflant. A bien des égards, Interstellar rappelle le roman Spin de Robert Charles Wilson dont les prémices et le déroulement sont similaires mais Wilson avait l’avantage de s’intéresser à ces personnages quand Nolan leurs préfère les tours de passe-passe et l’action. L’humain ici n’est définit que de façon philosophiquement, à travers l’énonciation de « grandes vérités » qui sonnent comme autant de jolies mots creux, représentant fidèles au poste d’un ethnocentrisme occidental qu’on voudrait encore une fois nous faire passer pour vériter absolu. « L’amour est la seule chose qui transcende le temps et l’espace » nous rabâche fièrement le film, jamais conscient du ridicule des tirades qu’il fait sien. Non le ridicule ne tue pas, preuve en est de cette dernière demi-heure tirée par les cheveux où Nolan se rêve en Kubrick façon 2001 l’odyssé de l’espace. On pouvait difficilement échapper à la référence mais c’est moins l’ambition des théories cosmologiques du film qui agaçe que cette fausse complexité dans le dénouement de l’intrigue qui vient brosser le spectateur dans le bon sens.

Dans Interstellar c’est toute une philosophie et toute une idéologie qui est mise à contribution pour cacher le vide des personnages du film. Nolan croit encore et toujours que des personnages peuvent n’être définis que par les idées qu’il véhicule. McConaughey incarne alors l’image paternel plutôt qu’un père de chair et de sang, Jessica Chastain est davantage l’illustration d’une loi scientifique (la loi de Murphy) qu’une fille intelligente et fragile. Ces personnages n’existent que de façon symbolique. Ils n’ont pas de vie propre, pas de passé, pas de défauts qui nous les rendrait plus humain ou plus attachant. Quoiqu’en dira Nolan, l’humanité n’a finalement pas sa place dans un cinéma obsédé par l’ordre et l’harmonie parce que l’humanité sous-entend le chaos, la surprise, la maladresse. Interstellar est un puzzle construit avec une parfaite attention au détail, une aventure épique et visuellement magnifique mais dont les mécaniques parfaitement huilées sont avant tout les symptomes d’un film sans âme. Beau, vide, facile. Interstellar est un film parfaitement dans l’air du temps et en toute logique, rien ici ne peut créer la surprise, pas même son succès.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s