Gone Girl

508784.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxSi le thriller est peut être le sous-genre cinématographique le plus populaire dans le cinéma policier, le neo-noir, avec lequel on le confond souvent, souffre trop souvent d’une incompréhension dans son message et dans ses intentions. Gone Girl, le livre comme le film, est à ce niveau là un vrai cas d’école tant les accusations de sexisme et de mysoginie qu’on lui a fait témoigne d’une méprise d’une partie du public vis à vis du genre. A leur défense, le neo-noir, descendant direct du film Noir, reprend à son compte des archétypes manichéens que l’on croit bien connaître et il est alors tentant d’y assigner une lecture simpliste. Les temps ont pourtant changé et tout comme le détective privé n’est plus ce chevalier noir qui parcourt les ruelles sombres de Los Angeles pour sauver l’honneur et la vertue de ses habitants, la femme fatale n’est plus non plus cette séductive mante religieuse; autrefois incarnation des peurs des hommes dans le cinéma d’après guerre. C’est là un problème de lecture qui empêche de comprendre le brio de l’entreprise du réalisateur David Fincher et de la scénariste Gillian Flynn qui adapte ici son propre roman.

289519.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxIroniquement, les critiques qui ont vu en Gone Girl un film mysogine n’ont pas conscience de perpétrer bien malgré eux les tards d’une politique médiatique que le film passe deux heures et quart à dénoncer. On pourrait parler du film comme d’un thriller malin avec un twist et recycler des expressions éculés comme il est coutume de le faire quand on parle de thriller, mais cela me semble assez superficiel. Le film ne vaut pas pour son twist prévisible et qui arrive relativement tôt dans le récit mais pour la critique sociale que ce twist soutient. Dans les faits le réalisateur de Gone Girl embrasse durant la première moitié du film la représentation médiatique de ses personnages. Il les suit en mimant le regard des journalistes, documentant la façon dont ceux ci construisent selon les besoins ces deux personnes de façon archétypal: Nick est donc d’abord présenté comme le gendre idéal tendis que Amy est quand à elle la parfaite femme au foyer: belle, intelligente, loyale. Puis le film évolue, les médias s’emparent du scandale de la disparition d’Amy et transforme Nick en homme dangereux et Amy en victime fragile et sans défense et c’est alors que le doute s’installe dans nos esprits que le film prend ses distances avec ces portraits en noir et blanc, réfute le pouvoir des médias et plonge plus profondément dans l’intimité des personnages pour mieux les redécouvrir. Dès lors Fincher s’amuse à déconstruire ces personnages créer de toute pièce par la télévision et les journaux. Il moque les médias et les stéréotypes qui leur servent à créér des idéaux de masculinité et de féminité dont Nick et Amy sont à la fois victime et complice. Nick malgré son physique de quaterback et son succès auprès des femmes devient un type sans défense, à la virilité détruite par ce que sa femme et les médias lui font vivre tendis que Amy, martyre à la télévision nationale, se déféminise dans la réalité en opérant une métamorphose à la fois physique et mentale. Elle désexualise son corps jusqu’alors objectivisé et sensualisé par les caméras puis se désolidarise de ce rôle de femme au foyer fragile et sans défense que les médias lui ont prêté.

295291.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx (1)Toute l’ironie du film tient au fait que Amy aspire pourtant à être une parfaite femme au foyer. Elle épouserait volontiers des idéaux patriarchaux afin de détroner son double de papier: Amazing Amy. Ce personnage de bande dessiné imaginé par ses parents et qui lui a toujours été supérieur en tout. Amy est en permanence en compétition avec son propre reflet médiatique : elle voudrait se marier, avoir des enfants, être une parfaite épouse. Elle n’aspire en rien à une politique féministe et progressiste et pourtant son parcours et ses actes la transforment bel et bien en une icône féministe; en une femme capable de violence physique, de détachement émotionnel, de calcul rationnel; soit tant de traits psychologiques que l’on rattache généralement au concept de masculinité. Les genres deviennent alors des étiquettes qu’on déchire, forçant au passage les archétypes à se reconvertir. La femme fatale n’est plus une mente religieuse croqueuse d’homme mais une femme conservatrice amorale dont la psycopathie est une conséquence directe de l’insanité d’un climat médiatique patriarchale qui force les femmes à épouser des stéréotypes forcément négatifs( femme au foyer idiote, étudiante hyper-asexuée, présentatrice de talk-show féminin toujours prompt à juger les autres femmes). Le détective privé est quand à lui un personnage désexualisé, féminisé, fragile, en permanence en danger et malmené par les femmes qu’il manipulait jusqu’alors à sa guise.

376905.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxGone girl ne peut alors que se conclure sur une impasse. Il place Nick à la mercie d’un regard médiatique dont il sera désormais, tout comme les femmes, un éternel esclave. Dans un sens, Gone Girl est un prolongement logique de Millenium. le précédent film de Fincher était en effet une réaction tout aussi vicérale à la mysoginie du système, mais quand Millenium et ses personnages surréalistes paraissaient parler d’un autre monde, Gone Girl nous rappelle à un quotidien que l’on connait et invite à une reconsidération du pouvoir médiatique sur le genre et l’identité. On pourra aussi sans doute l’apprécier comme un simple thriller efficace avec une excellente actrice, mais par pitié, qu’on n’arrête de nous dire qu’un film sur des personnages sexistes est forcément un film mysogine. Le cinéma n’est pas nécessairement une invitation à l’identification, il se doit en revanche d’être une invitation à la réflexion et Gone Girl à l’audace de faire ce travail là.

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