Birdman

209464.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAlors que les super-héros et les come backs d’anciennes star d’hollywood continuent de dominer une actualité cinématographique relativement pauvre, on comprend volontiers la frustration d’Innaritu et son envie d’en démordre avec le sujet. Mais qui y’a-t-il de plus cliché que des films sur les super-héros et sur les come-backs sinon un film sur le showbusiness lui même? L’exercice, casse-gueule, semble avoir été accomplis des dizaines de fois et si Hollywood a toujours pris un malin plaisir à se tourner en ridicule c’est ici l’ambiguité du discours du cinéaste qui surprend. Lui qui nous parle de Low-art de High-art, du caractère abrutissant des blockbusters et du narcissme des acteurs semble moins être un critique virulent d’Hollywood qu’un confrère un brin taquin. Innaritu n’a t-il par exemple pas conscience d’offrir un come-back à Michael Keaton quand bien même il parle de l’égo dévorant de ces stars incapable de discerner admiration et amour dans leur envie de retrouver les feux de la rampe? Le film qui n’affiche aucun second degré permet franchement d’en douter.

492661.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe fait est que s’il se rêve en grand critique social, Innaritu n’adresse jamais l’ambiguité de sa propre situation. C’est un cinéaste qui ne se pose pas ce genre de question que l’on voit ici à l’ouvrage. Un cinéaste qui continue malheureusement de construire ses personnages, moins comme des personnes de chair et de sang et plus comme des archétypes: le réalisateur nevrosé, l’acteur narcissique, l’actrice qui manque d’assurance, l’adolescente dépressive. Son incapacité à écrire des personnages en trois dimension était déjà l’un des problèmes majeurs de Biutiful, sa précédente réalisation, et ici sa vision trop simpliste des hommes et des femmes, son besoin de ne les définire que par ce thème de l’égo qu’il rabache sans subtilité pendant deux heures, finissent de mettre à mal un discours social que la position difficile du cinéaste mettait dès le début en péril. Mais à défaut d’être un critique pertinent de l’univers du cinéma, Innaritu dévoile un sens de l’humour acerbe que ses précédentes réalisations ne laissaient pas forcément deviner. Birdman est alors sauver par ses talents comiques qui transforme peu à peu une satire sociale timide et bateau en fable sarcastique absurbe et barrée, sur des personnages clichés mais dont on s’amuse volontier des névroses. A n’en pas douté, Innaritu parle la langue de Woody Allen qui n’aurait pas renié ce New York plein de folie.

098040.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxBirdman parvient d’ailleurs, comme les meilleurs films de Woody Allen, a faire de New York un vrai personnage. Si la critique du showbusiness tombe un peu à plât, l’intérêt artistique du film est relancé dès lors qu’on considère Birdman comme un film sur l’espace. Filmé comme un unique plan-séquence ou presque, Innaritu fait du théâtre de broadway où il situe l’action une sorte d’excroissance fantasmagorique de New York. La caméra de Emmanuel Lubezki que l’on connait pour son travail similaire sur Gravity filme un Monde des merveilles où le tout New York s’extrapole et se transforme de façon grotesque. Innaritu va d’ailleurs jusqu’à exprimer visuellement les fantasmes de Riggan Thomson qui se croit doter des super-pouvoir de Birdman, son ancien personnage. Il brise ainsi la frontière entre le réel et le fantasmé sans ressentir le besoin d’adresser ici une question sans grande importance dans un monde tel que le showbusiness qui perdure justement sur ce doute omni-présent entre réalité et fiction. En faisant ainsi de la scène, de l’envers du décors, de la chambre où le personnage vit et de New York un seul et même espace dénué de toutes frontières tant spacial que temporelle, Birdman joue donc aux poupées russes, emboitant univers fictionnel sur univers fictionnel jusqu’à ce que la réalité de la ville elle se même se dissipe complètement dans une scène finale où la folie du Riggan Thomson a complètement contaminé l’espace et laisse désormais place à l’impossible. A l’inverse de Alice, Birdman ne cherche pas à trouver la sortie du pays des merveilles, il ne brise pas l’absurdité de son univers par la raison mais va, au contraire, l’embrasser et plonger plus profondément dans le terrier du lapin, dévoré par un ego qui lui donne des aîles en échange de son identité.

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