Calvary

437689.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx« Je voulais faire un film sur un bon prêtre » déclarait John Michael McDonagh au moment de la promotion de Calvary. C’est peut être là le grand très d’humour d’une tragi-comédie au rire amer. Un pied de nez à l’air du temps par un réalisateur bien décidé à se faire l’avocat du diable ou, en l’occurence, d’un Dieu chahuté quotidiennement par le pessimisme ambiant, le matérialisme omni-présent sans oublié les scandales sexuels qui se suivent et se ressemblent tristement. Calvary a presque un goût de mauvaise blague, typique d’un humour pince sans rire qu’on dira de famille tant la ressemblance entre Calvary et Bon baisers de Bruges (Martin McDonagh) frappe. Les deux frères ont aussi en commun ce gout de l’errance, ce besoin d’explorer d’autres genres ou en tout cas d’ouvrir le Drame à l’anglaise à d’autres inspirations qu’on attend peu. Calvary, film religieux, ou en tout cas film sur la foi, n’est-il ainsi pas au fond un Western à l’irlandaise avec ce drôle de pasteur en guise de cow-boys des temps modernes? C’est semble-t-il le parrallèle que McDonagh dresse avec ironie, renvoyant la figure du prêtre à son intemporalité en même temps qu’à son caractère anachronique dans une Irlande que les troubles politico-religieux rendent d’autant plus sensibles à ce genre de questions!

394198.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLà est la force d’un film qui s’appréciera pour ses va et vient de ton et de mode et pour son imprévisibilité. Calvary évoque très souvent le Ulysses de James Joyce notamment par son découpage et par son attachement au banal, au commun, il évoque aussi le polar par son sens du suspense habillement maquillé qui nous pousse à nous interroger sur la nature de chaque personnage afin d’ésperer identifier un tueur peut être déjà connu du prêtre. Mais Calvary se regardera aussi pour sa description d’une Irlande chahuté par l’histoire. L’Irlande de McDonagh est un pays jamais tout à fait ancré dans le présent mais irréconciable avec son passé et dont ce petit village au bout du monde, moderne et traditionnel, isolé mais pas déconnecté, se fait la métonymie. l’Irlande se découvre ici telle une terre biblique avec ses décors apocalyptiques d’une beauté arride et épique; sa violence symbolique qui met la foi de chacun en péril; et enfin ses personnages, archétypes d’une classe ou d’une autre, d’un genre ou d’un autre, et parfois même simples âmes errantes, que le père James tente de sauver par le dialogue et la foi.

229812.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn dépit du personnage principal et du message du film, on ne pourra pas accuser Calvary d’être arrogant tant la réabilitation du prêtre dans le monde moderne passe par une désacralisation de sa condition. Le prêtre de McDonagh est un super-héros à taille humaine. Un homme trop bon et trop franc pour son propre bien; un anachronisme mal perçu dans un monde trop cruel, jalousé par des paroisiens au désespoir trop amer, regretté par une fille en détresse permanente (Kelly Reilly). Calvary, cruel mais juste, n’en oublie d’ailleurs jamais de raconter par le biais de ce personnage que l’héroïsme ne se mesure pas à travers ce que l’on gagne mais à travers ce que l’on donne et ce constat amer donnera à la résolution du film une ambiguïté qui pourra frustrer si l’on se méprend sur la mission de James. Triste sans doute, mais jamais cynique, le film de McDonagh frappe en tout cas par sa densité et gagne même en richesse à chaque visionnage, tel une oeuvre somme avalant et digérant quantité d’oeuvres et de styles dans lesquels la figure humble d’un très grand Brendan Gleeson navigue avec maëstra.

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