Adrift in Tokyo

1694Tokyo semble indissociable du cinéma de Satoshi Miki tant les paradoxes de la capitale nippone alimentent les propres contradiction d’un cinéaste fasciné par l’ambiguité et le bizarre. Adrift in Tokyo à tout en apparence d’une oeuvre banal, son postulat de base n’étant même qu’une bonne excuse pour explorer les rues de la fascinante mégalopole du Japon. Ici Takemura jeune étudiant sans famille ni amis mais endetté jusqu’au cou se voit offrir par le collecteur de dette qu’on lui envoit la possibilité de gagner 1 millions de yens et de voir sa dette effacée s’il accepte de marcher avec lui dans Tokyo pendant quelques jours. De ce simple prétexte, Satoshi Miki parvient pourtant à tirer une substance inespérément dense en mariant les errances de deux japonais aux errements d’une ville qui se cherche tout autant, le temps d’un film en forme de miroir et sur fond de quête existentielle.

adrift_in_tokyoAdrift in Tokyo est un peu l’histoire d’un pèlerinage puisqu’on découvre très tôt dans le film que Fukuhara, compagnon d’infortune de Takemura, vient de tuer sa femme et s’apprête à se rendre au commissariat.  Ses balades sont alors pour lui l’occasion de revisiter une dernière fois les lieux marquants de son mariage et d’expérimenter une dernière fois un Tokyo en permanente mutation. Un Tokyo qui malgré toute sa spiritualité et sa mélancolie reste aussi une ville éternellement jeune et immature, à l’image de ce gamin endetté qu’il prend sous son aile. Un film miroir, comme je le disais, sur deux facettes pas si irréconciliable de cette ville multiple, mais aussi un lieux où l’absurde surgit à chaque instant, toujours, ou presque, sous la forme de réminiscences d’un passé déformé par une culture qui mélange allègrement réalité et fiction, de cette ancienne camarade de classe retrouvé en cosplayeuse au détour d’un club, à ce vendeur de montre passé maître en art martiaux quand ce n’est pas un cosplayeur du troisième âge qui devient le super-héros dont il porte le costume. Adrift in Tokyo est irrévérencieux au possible et fidèle à une envie de déconstruire les genres qu’il explore pour mieux sur-imposer cette part de fiction à une ville-enfant qui y est inextricablement liée.

adrift_in_tokyo (1)Et sur fond d’humour noir et de comédie absurde, les deux héros du film s’engagent dans une quête de l’autre à peine voilée, formant un faux duo de vrai père-fils qui se mue en mascarade à grande échelle quand les deux décident de se construire une famille fictive en rejoignant le foyer d’une barmaid que Fukuhara employait parfois pour jouer le rôle de sa femme lorsqu’il était engagé pour jouer le parent d’un conjoint lors de mariage. Takemura et Fukuhara se perdent alors un peu plus dans un jeu de rôle impossible où l’un retrouve, le temps de quelque jours, le fils qu’il n’a jamais eu et l’autre le père qui l’a abandonné. Explorant ainsi une thématique traditionnelle du cinéma japonais: le rapport père-fils, Adrift in Tokyo devient alors l’oeuvre la plus bizarre de son registre, une presque-parodie d’un style de cinéma que Satoshi Moki revisite avec une triste ironie avant de déconstruire la famille fictive à laquelle il est parvenu à donner vie en renvoyant ses héros à la réalité du crime auquel Fukuhara doit faire face. Un peu comme si Moki, tel un génie sorti de sa lampe, exhaussait le souhait de ses héros le temps d’une semaine, avant de les laisser à leur bonheur contemplé et à leur malheur retrouvé.

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8 réflexions sur “Adrift in Tokyo

      1. Je l’ai regardé ce soir. Ce ne sera pas au point d’en faire un film préféré mais j’ai beaucoup aimé, j’ai été très émue par la dernière partie, par les montages russes surtout. C’est simple mais c’est un bon simple. Par contre, j’étais un peu moins fan de la qualité de l’image, je n’arrive pas à déterminer ce que c’est exactement, c’est entre DV et argentique mais ça ne semble être ni l’un ni l’autre.

  1. Je ne sais pas pour l’image, je n’ai pas trouvé l’info, j’avais mis ça sur le compte de netflix mais ce n’est apparement pas le cas. J’ai l’impression que le cinéma d’auteur jap a souvent se problème là, je vois beaucoup de films réalisés avec une caméra vraiment pas top.
    Sinon si tu ne l’as pas vu je te recommande aussi Tel père tel fis de Kore-eda. J’ai fais un article dessus un peu plus bas. C’est pas un de mes films favoris mais c’était vraiment bien.

    1. Je l’ai vu celui-là, je l’ai adoré. Je préfère « Still Walking » mais bon, ça n’en fait pas moins un très bon Kore-eda.
      Tiens, j’ai été surprise, moi qui n’arrive pas à faire regarder des films japonais à ma mère (elle n’accroche pas souvent), je lui ai passé « Departure » et elle a adoré.

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